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Remitti PDF Print E-mail

CHEIKHA REMITTI

Elle se définit elle-même comme une « chanteuse pour nocturnes ». Cette grande dame de la chanson algérienne a enregistré un nombre incalculable de disques et cassettes dont une majeure partie est introuvable aujourd’hui. Sa fécondité artistique est tellement impressionnate qu’on en arrive à s’interroger sur son secret de fabrication. « Les chansons trottent dans ma tête et telles des abeilles ne cessent de me piquer. J’en perds le sommeil et pour contrer l’insomnie, je compose très tard dans la nuit » nous affirme-t-elle. C’est sans doute cela qui donne à ses chants un climat torride, « habité », déluré et à la limite du tropical.

Remitti a débuté sa carrière artistique dans les années 40, au moment où le raï est redevenu une affaire de femmes. A cette époque marquée par la colonisation et les stigmates de la seconde guerre mondiale, les Cheikhate* courent les fêtes, écument les rades et les bastringues et hantent les bordels de la région oranaise, autant de lieux peu communs qui constituent les terres d’élection où l’on peut librement s’exprimer. C’est d’ailleurs dans un de ces endroites que Cheikha Remitti a hérité de son surnom, une appellation qu’elle revendique avec force et dont elle aime la consonnance. « Cela s’est passé dans une de ces buvettes où les serveuses étaient toutes françaises. J’avais déjà une certaine renommée et les gens se succédaient pour me demander de leur dédicacer des chansons. Les billets affluaient et mes musiciens me conseillèrent ceci : « Tu es maintenant une vedette, alors ce serait sympathique que tu offres un verre aux gars du pays. » Je répondis : « D’accord, mais comme je ne parle pas français, vous commandez les consommations et moi je régale. » Ils insistèrent : « Non, c’est à toi de le faire ! » Contrainte, je m’étais adressée à la patronne en chantant : « Remitti madame remitti (remettez), allez, madame, Remitti. » Toute l’assistance s’écroula de rire en s’écriant : Remitti, chanteuse ! » Depuis, le nom m’est resté. »

La mamie du raï, féministe avant l’heure, a chanté la difficulté d’être femme et a introduit la notion de plaisir physique mais son champ thématique est vaste et étendu. En auteur prodigieusement inspiré, elle a exploré toutes les formes de l’amour, célébré l’amitié, tenté d’expliquer la prostitution et les noyades dans l’alcool, déploré l’obligation d’émigrer et tancé les exploiteurs. Elle a su également nous décrire la vie des nomades et celle des transhumants en quête de nourriture. C’est dire qu’aucun sujet n’échappe à la sagacité de Cheikha, pas même les moyens de locomotion ultra-modernes (elle a écrit une ode à la gloire du TGV) ou les outils de communication (le téléphone a pleuré chez elle bien avant un yé-yé !).

Amour, pain et fantaisie. Ce pluralisme la sert énormément et lui permet, comme diraient les électorologues, de ratisser large. Précisons tout de même que si Remitti jouissait – et jouit encore – d’un immense capital de popularité auprès des laissés-pour-compte, certains Chioukh (anciens) du temps non béni des colonies ne la portaient guère dans leurs cœurs et la désignaient sous le terme peu flatteur de gouape. Notre Cheikha ne s’ent est pas émue, loin s’en faut, elle accepte comme un compliment les propos pourtant blessants émanant de vieux croulants, impuissants et courtisans, habitués à évoluer sous les lambris dorés des cuisines des notables ou sur les estrades des festivités coloniales. De toute façon, son enfance de bergère sasn troupeau et les misères qu’elles a endurées l’ont constamment rapprochée du petit peuple et jusqu’à présent, alors qu’elle s’en est sortie, elle évoque avec fierté ses origines modestes (charmant euphémisme pour ne pas dire pauvreté absolue). Cette réflexion, la reine de la métaphore et du jeu de mots la fournit intelligemment dans une composition intitulée « Ma nansakchi » (jamais, je ne t’oublierai). « Les artistes et le guellal (instrument) sont nés le même jour » revêt une autre signification en seconde lecture car la phrase se traduit aussi comme suit : « Les riches et les pauvres sont nés le même jour ». Autrement dit, l’art dans ce qu’il a de pur, est indissociable du « guellal », donc de son antécédance (en l’occurrence, une source rurale et populaire).

Toutefois, Remitti reconnaît qu’il existe des barrières sociales y compris dans le domaine aristique. Ce qui ne l’empêche pas de proclamer que les joueurs de « guellal » sont en général du côté des opprimés et des va-nus-pieds . Et surtout, en ce qui la concerne, du côté des femmes, victimes des réflexes passéistes et éternelles perdantes au jeu de l’amour. Cette préoccupation, on la retrouve dans beaucoup de ses chansons et on sent qu’elle maîtrise admirablement ce thème, à croire qu’elle a perpétuellement sous les yeux un cahier de doléances. Les chants de Remitti, pour qui sait lire (ou entendre) entre les refrains, nous apprennent l’attirance de la femme vers la lumière et laissent deviner qu’il est si doux d’être porté par le souffle de l’espérance et le vent de la libération. Sur un ton mi-gouailleur et mi-véhément, elle ironise sur l’absurdité des mariages forcés entre vieillards parcheminés et pucelles fraîches (« Qu’y a-t-il de commun entre une salive répugnante et une salive douce et saines »), se solidarise avec les jeunes filles cloîtrées qui n’en peuvent plus de respirer leur solitude et veulent, elles aussi, bénéficier des baisers et des caresses du soleil et arrache le voile de l’hypocrisie sur les choses érotiques (« Nous nous sommes rapprochés sur la couche. Sur ce lit à deux places, nous y avons dormi à deux. Et quand il m’a gratté le dos je lui ai tout donné »).

Par son audace verbale marinée dans l’humour ou le vitriol, Remitti a choqué bien des âmes puritaines dont elle s’est attiré les foudres quand elle a osé, à travers ce vers « satanique », s’attaquer au fameux tabou de la virginité : « Romps le carême (jeûne) fillette et je mettrai le méché sur mon compte ! ». Une autre de ses compositions, qui lui a valu la consécration nationale en 1950, recommande carrément cette attitude aux vierges non effarouchées : « Lacère, déchire et Remitti racommodera. » La Cheickha est peu suspecte d’athéisme car elle fait régulièrement ses prières et a effectué un pèlerinage à la Mecque tout en continuant – c’est une des particularités du raï et pas la moindre – à exalter les plaisirs et les délices de l’existence. Mais elle ne s’embarrasse pas de préacutions oratoires quand il s’agit de fustiger l’Islam fouetteur, voileur et cloîtreur.

Pour toute la générations des chebs (jeunes) actuels qui, rappelons-le au passage, a littéralement pillé son répertoire, elle représente plus qu’un modèle ou une référence, c’est une légende vivante et le gage d’un art authentique.

Les chansons que vous retrouverez dans cet album sont tour à tour lyriques ou passionnées, intimistes ou révoltées et dégagent une intense chaleur et une émotion vraie. Remitti parvient à toucher juste en appliquant un style alerte et vivifiant solidement soutenu par la gasba (flûte) et le guellal (percussion) dont elle joue divinement. Sa musique révèle d’indéniables qualités poétiques et vocales ainsi qu’une interprétation sans fard, puissante et inimitable. Un must !

Rabah MEZOUANE

* Pluriel féminin de Cheikha qui signifie à la fois

 
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